Paris, le 31 mai 2009

Déclaration de l’Action fédéraliste ″Socialisme & Liberté″ (AFSL)

Nicolas Sarkozy et Angela Merkel ont fait paraître ce jour un long article dans la presse française (Journal du Dimanche du 31 mai 2009), embryon de programme pour les mois et années à venir.

Par ce document signé de leurs deux noms, Sarkozy et Merkel entendent s’inscrire dans la lignée des couples de présidents français et chanceliers allemands qui ont construit, difficilement et parfois à rebours des sentiments de leurs deux peuples, ce qui est aujourd’hui l’amitié profonde entre les peuples français et allemand.
Parce que nous respectons cette œuvre réalisée hier, nous ne pouvons accepter qu’elle soit aujourd’hui symboliquement utilisée au profit d’une imposture.

Démasquer l’imposture

De quoi s’agit-il ? A la recherche d’un ″coup médiatique″ pour relancer la campagne européenne en France et en Allemagne, les deux signataires proposent quelques axes d’action pour les mois à venir.
Mais qu’ont-ils fait toutes ces dernières années, alors même qu’ils étaient, et l’un et l’autre, aux responsabilités ?
Prétendent-ils qu’ils n’ont rien vu venir ? Ils sont alors incompétents, il faut les renvoyer à leurs études et ne pas les reconduire dans leurs fonctions à la tête des deux Etats !

Ainsi, ils nous proposent d’apporter des réponses immédiates à la crise économique et financière et affirment – sans rire ! – que le libéralisme sans règle a échoué. Pourtant, ils n’ont pas demandé au Président de la Commission européenne, Barroso, de défendre quelques principes élémentaires du modèle social européen, en particulier les principes d’égalité des salaires, de négociations collectives et de droit de grève, mis en cause par les arrêts Laval, Viking et Rüfert !
Et ils osent affirmer vouloir se battre pour ″une économie sociale de marché hautement compétitive, qui tend au plein emploi et au progrès social″ ?

Concernant plus précisément la crise financière, Poul Nyrup Rasmussen, ancien Premier Ministre danois et actuel président du Parti socialiste européen (PSE) est parvenu à faire voter par le Parlement européen en septembre 2008 un rapport sur les fonds privés qui demandait notamment une réglementation vigilante de ces fonds (dont l’opacité est une des causes importantes de l’actuelle crise financière). Que croyez-vous qu’il advint ? La Commission européenne et son président ignorèrent superbement ces demandes jusqu’à la fin avril 2009 pour faire une première proposition imparfaite de contrôle de ces fonds. Et que firent M. Sarkozy et Mme Merkel ? Rien ! Alors comment les croire lorsqu’ils disent aujourd’hui que l’UE doit prendre les premières décisions pour assurer une véritable régulation européenne dans le secteur financier ? Leur incurie égale leur aplomb pour le mensonge !

Un populisme qui ne dit pas son nom

Alors que nos Pères fondateurs de l’Union européenne incitaient, dans l’adversité, leurs concitoyens à ouvrir leurs bras et leurs cœurs pour accueillir celui qui hier était l’ennemi, Sarkozy et Merkel jouant sur les peurs les plus primaires appellent à la fermeture de l’Europe, pour qu’elle demeure un club de nantis fermé au reste du monde. La politique européenne d’immigration qu’ils prônent n’est que fermeture et reconduites inhumaines aux frontières alors qu’à l’inverse la démographie européenne exige un apport de main d’œuvre pour faire fonctionner et développer l’appareil productif européen.
Cette incapacité à comprendre la phase historique dans laquelle nous sommes de ces dirigeants sans lumière est grave. Elle accentue et prépare des blessures et des ressentiments qui sont le terreau du choc des civilisations.
L’Union européenne, comme hier, s’élargira encore, et c’est là un mouvement positif de l’histoire qu’il faut entretenir. Pas à n’importe quelles conditions, certes. Les critères qui permettent l’élargissement sont connus, ils se sont appliqués hier et ils doivent s’appliquer aujourd’hui et demain à tous les pays candidats, rigoureusement sans doute, mais aussi sans a priori religieux ou autre.

Le vide des propositions institutionnelles

Dans un double mouvement, Sarkozy et Merkel appellent à la ratification et à la mise en œuvre du Traité de Lisbonne et, simultanément, critiquent une Europe bureaucratique qui applique mécaniquement des règles tatillonnes. C’est, là encore, l’expression de leur volonté de flatter leur électorat conservateur, toujours prompt à dénoncer la bureaucratie bruxelloise, et leur absence de vision institutionnelle de moyen terme.
Qu’il faille limiter le zèle bureaucratique de certains fonctionnaires, c’est une évidence, non seulement à Bruxelles mais aussi dans chacun de nos Etats, voire de nos collectivités territoriales pourtant plus proches de nous ! Mais la modestie de la fonction publique européenne, particulièrement de la Commission européenne, face à celle de chacun de nos Etats membres réduit sensiblement le danger, non ? C’est là un populisme facile de la part de prétendus dirigeants.
En revanche, plus préoccupante est leur absence de vision institutionnelle de moyen terme.
Sarkozy et Merkel s’accommodent d’une Union européenne sans ambition forte parce qu’elle ne se dote pas des moyens institutionnels qui lui permettrait de peser dans les affaires du monde. Leur ambition se réduit à être les premiers d’un directoire de Chefs d’Etat et de gouvernement.
Le projet de construction européenne, dès l’origine, affirmait une perspective plus vaste : unir des peuples, hier ennemis, dans un ensemble politique fédéral cohérent !
Alors, bien sûr, le Traité de Lisbonne doit être adopté et mis en œuvre puisque, faute d’engagement fort et de lâcheté de la part de quelques-uns, le Traité constitutionnel européen n’a pu être ratifié, en France notamment. Mais est-ce suffisant ? Assurément, non !
Dès maintenant, pour permettre un meilleur fonctionnement des institutions européennes des actuels 27 Etats membres, il faut programmer la prochaine évolution institutionnelle, en préciser les procédures, en particulier les modalités d’association des peuples et de leurs représentants, comme son étendue et son périmètre.

Aller plus loin

L’Action fédéraliste ″Socialisme & Liberté″ (AFSL) demande à tous les candidats aux prochaines élections au Parlement européen, à leur formation politique, aux gouvernements des 27 Etats membres comme aux responsables des institutions européennes de mettre ce sujet difficile à l’ordre du jour, loin des ″coups médiatiques″ indignes de Chef d’Etat et de gouvernement.

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