Paris, le 26 avril 2011

Nicolas Sarkozy et Silvio Berlusconi, l'un et l'autre à la recherche d'un second souffle politique, semblent décidés chacun à montrer à leur opinion nationale combien ils ont à coeur de faire barrage aux hordes déferlantes d'immigrés qui n'ont qu'un objectif, bien sûr, se vautrer jusque dans nos maisons !

Les derniers coups de menton des deux compères concernant une (hypothétique) modification du Traité de Schengen répondent à cette urgence populiste et électoraliste. Tout cela prêterait à rire si nos peuples, fragilisés par des conditions d'emploi qui se précarisent et aliénés par des médias d'information qui ne font plus que du "people", n'étaient pas si inquiets et craintifs face aux lendemains et partant, prêts à se satisfaire de n'importe quel bouc émissaire. Aussi, tenons-nous ici, modestement mais fermement, à souligner la responsabilité personnelle de ces deux personnalités dans le développement d'un climat délétère qui n'est pas sans tristement rappeler celui des années 30.

Pour sa part, comme elle l'indiquait déjà le 16 janvier 2011, l'Action fédéraliste "Socialisme & Liberté" (AFSL) considère à l'inverse qu'il faut se réjouir du printemps arabe qui fait mûrir les esprits et qui embrase les coeurs sur la rive Sud  de notre mer commune, nous pensons qu'il est l'extraordinaire occasion de rénover en profondeur une coopération euromediterranéenne et un Processus de Barcelone poussifs !

Mais cela suppose, nous le redisons solennellement comme nous l'écrivions déjà le 16 janvier, que les Européens, chacun de nous,  entendent que nous ne pourrons durablement vivre en paix et en bonne intelligence avec nos voisins de la Mer Méditerranée en les ignorant, en nous rendant librement chez eux uniquement pour utiliser les infrastructures touristiques qui y sont largement par nous installées et en leur interdisant de fait l'accès au territoire européen !

Pour être à la hauteur de l'enjeu, l'Union européenne doit prendre l'initiative de proposer à tous les Etats riverains une coopération économique et politique, l'une et l'autre dimensions indissolublement liées, qui favorise les investissements et l'ouverture progressive des marchés des uns et des autres, mais aussi la liberté d'information, de réunion et d'association, le développement de la société civile et la laïcisation des sociétés (séparation des engagements spirituels individuels des institutions et administrations publiques). Pour être viable dans la durée, cela demande que l'on facilite les déplacements, sur la base de la réciprocité, entre les pays concernés, non qu'on les restreigne en jouant sur les peurs ancestrales. Le dossier des migrations doit être traité, comme les autres, dans la clarté, avec tous les Etats concernés, au cours des rencontres initiées par l'UE dans le cadre de cette coopération euroméditerranéenne rénovée.

Concernant le Traité de Schengen, nul besoin de déroger à ses règles ou de le remettre en cause. Il faut au contraire l'approfondir, de telle sorte que l'UE, ses institutions et ses agences, aient les moyens d'apporter leur concours aux Etats membres qui, lors de situations exceptionnelles, ont besoin momentanément d'un renfort pour fournir un accueil décent.

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