Le foisonnement d'images et d'informations dont nous sommes désormais tous destinataires à travers ces tuyaux que sont internet, les chaînes TV et autres stations de radiophonie ou organes d'informations est parfois l'occasion de simultanéités saisissantes qui, comme l'éclair, jettent un éclat renouvelé voire cruel sur un paysage familier.

Ainsi, les vieux pays européens se disputent et ergotent sur l'ampleur de la crise économique et financière chez eux, l'effort qu'il convient de fournir, ce qui relève de la solidarité européenne ou du seul et rude devoir national, tout en essayant - une fois encore ! - de se donner l'illusion de la puissance par quelques frappes aériennes en Libye ou en fournissant un concours discutable en Côte d'Ivoire à Alassane Ouattara, craignant cependant - comme tous les vieux ! - de s'y mettre en danger et d'y faire couler son sang.

Et pendant ce temps, sur l'ïle chinoise de Hainan, à Sanya, les autorités de la République populaire de Chine accueillent les représentants de quatre pays : Afrique du Sud, Brésil, Inde, Russie, avec à l'agenda la construction "d'un ordre politique et économique international plus juste et raisonnable", rien de moins ! C'est en effet le 1er sommet des BRICS.

Bien sûr, ces cinq pays ont des niveaux de développement très différents. Parler d'économie "émergente" pour la Russie n'est sans doute pas approprié, et la Chine est aujourd'hui objectivement la deuxième économie du monde, elle n'est donc plus émergente. L'erreur d'analyse souvent commise est d'ailleurs là : limiter le projet des BRICS à quelques aménagements dans la gouvernance économique mondiale, alors que tel n'est pas leur propos, qui demeure résolument politique : l'affirmation de leur puissance collective.

A dessein, les dirigeants des cinq Etats concernés ont tous marqué leur réserve sur l'intervention en Libye et la résolution 1973. La cible est pleinement politique, elle vise le leadership occidental dans les affaires mondiales - soit d'abord et avant tout les Etats-Unis d'Amérique- mais en portant le fer sur le maillon faible de l'alliance occidentale - soit l'Europe - là où la France suivie du Royaume-Uni ont voulu affirmer leur supériorité sans prendre le temps de parvenir à un accord au sein de l'UE.

L'Union européenne, ses institutions mais aussi tous ses Etats membres et celles et ceux qui les dirigent, apparaissent ainsi aux yeux du monde entier extraordinairement faibles, velléitaires et divisés, incapables de mener - seul ou à plusieurs - des actions politiques et militaires d'envergure, même à leurs portes, des nains politiques ; et ils aggravent cette perception par leurs gesticulations incessantes.

Pendant ce temps, le reste du monde s'organise. Les BRICS - dont le prochain sommet est déjà programmé pour l'an prochain en Inde - sont un exemple de ces rassemblements apparemment hétéroclites mais qui sont le terreau des ensembles et alliances de demain.

Les dirigeants européens, et celles et ceux qui aspirent à le devenir au sein des différents Etats membres, doivent apprendre à travailler ensemble, à distinguer les querelles issues d'hier des cohérences à construire aujourd'hui pour permettre demain. L'Union européenne est le seul cadre politique qui puisse permettre à chacun de nos Etats de recouvrer une véritable capacité d'action, encore faut-il - ensemble - décider ce qui doit être entrepris et comment !