La crise économique et financière et, simultanément, l'émergence de nouvelles puissances économiques et politiques hors d'Europe provoquent chez nos concitoyens européens des inquiétudes, voire des peurs, qui les incitent au repli sur soi et sur les appartenances communautaires traditionnelles.

Les responsables politiques sont, dans la plupart de nos pays et pour le plus grand nombre d'entre eux, rarement en mesure, en capacité ou en volonté de dégager des perspectives collectives d'avenir, pour s'opposer - positivement et efficacement - à ces crispations inquiètes.

Plus, quelques démagogues (au sens littéral du terme) entendent "surfer" sur ces sentiments. Tous les populismes - de droite comme de gauche - qui fleurissent depuis quelques années en Europe se nourrissent à ce terreau.

Dans le cas français, ce populisme prend des formes particulières et évolutives dans le temps, propres à la culture politique de ce pays. Le dernier congrès du Front national (FN) a tristement fourni l'exemple de la mutation du populisme d'extrême-droite en France, la passation de pouvoir et de "leadership" entre Jean-Marie et sa fille Marine Le Pen cristallise en effet ce moment particulier d'évolution qu'il convient d'analyser avant de s'y opposer. Jean-Marie Le Pen est parvenu en son temps, au début des années 70, a agrégé plusieurs familles idéologiques de l'extrême droite précédemment concurrentes : fasciste et nostalgique de la "Révolution nationale", catholique traditionnaliste, nostalgique de l'Algérie et de l'empire colonial français, ...et à en faire avec le Front national un ensemble suffisamment cohérent pour bousculer la droite classique et partant, la vie politique française, depuis les années 80 jusqu'à aujourd'hui. Marine Le Pen tente aujourd'hui d'aller plus loin encore, et d'amener au Front en mutation les républicains désorientés, en se réclamant des plus belles valeurs républicaines de liberté, d'égalité et de fraternité, et de l'un des acquis essentiels de la République française : la laïcité.

L'Action fédéraliste "Socialisme & Liberté" (AFSL), dont les statuts affirment explicitement qu'elle est une association "socialiste, démocratique, laïque et d'inspiration fédéraliste", condamne sans appel cette volonté fallacieuse de captation de l'héritage républicain par Marine Le Pen et l'extrême droite française. Mais il faut aller au-delà dans l'analyse et rappeler que la définition et l'affirmation de ces valeurs républicaines (liberté, égalité, fraternité) comme l'établissement de la neutralité de l'Etat vis-à-vis de toutes les croyances, fois, religions et idéologies (laïcité) se sont faits à travers des luttes et des combats difficiles contre les forces conservatrices, aristocratiques ou bourgeoises, et contre la principale religion dominante alors en France, l'église catholique et romaine. Fort justement, dans un article du quotidien Le Monde (daté du vendredi 21 janvier 2011, sans qu'il y ait malice dans cet anniversaire de régicide), Henri Pena-Ruiz revient de façon détaillée sur ces luttes et sur le leurre de la conversion républicaine et laïque du Front national. Parce qu'elle promeut les valeurs républicaines de liberté, d'égalité et de fraternité, la République française accueille et respecte les croyances, options philosophique et spirituelles ou religions de tous ses citoyens, mais elle demande à chacun de respecter et de contribuer à la neutralité de l'Etat et des administrations publiques pour garantir la liberté de chacun en ce domaine.

La Convention sur l'avenir de l'Europe, au début des années 2000, sans explicitement parler de laïcité, évoquait dans le préambule du projet de traité constitutionnel les différents héritages spirituels des peuples européens, y compris les divers courants philosophiques des Lumières. Lionel Jospin et Jacques Chirac se sont alors fortement opposés à quelques-uns des autres chefs d'Etat et de gouvernement, qui souhaitaient une mention plus exclusive et explicite de l'héritage chrétien.

L'Action fédéraliste "Socialisme & Liberté" (AFSL) considère que la position d'alors des Autorités françaises demeure valide et doit être défendue et promue. Nous nous opposons de ce point de vue aux diverses déclarations de Nicolas Sarkozy regrettant l'absence de mention des racines chrétiennes dans les traités européens. Il importe pour l'avenir que la République française comme l'Union européenne se cantonnent à une stricte neutralité à l'égard des religions, c'est là une nécessité pour faciliter l'intégration et la participation à la vie publique de tous nos concitoyens, y compris celles et ceux de confession musulmane. La laïcité, en France et en Europe, est un principe qu'il ne faut pas craindre d'avancer et d'expliciter, de façon certes ouverte, respectueuse de la culture politique de chacun des Etats membres, mais sans pour autant renoncer a priori. En coopération avec les associations humanistes, rationalistes ou de libres penseurs actives dans les Etats membres et en Europe, l'Action fédéraliste "Socialisme & Liberté" (AFSL) entend contribuer à la promotion de la laïcité, comme condition de la liberté de culte et du dialogue des cultures.

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