Paris, le 16 janvier 2011

Le départ précipité du Président tunisien Ben Ali, dont le pouvoir apparaissait si stable que rares en France étaient celles et ceux qui se risquaient à la critique, laissera la place - nous l'espérons ! - à un développement démocratique à la mesure des espérances du peuple tunisien.

Au-delà, les derniers événements en Tunisie, mais aussi en Algérie, l'inquiétude que l'on nourrit sur les spasmes parfois violents de la société égyptienne sous la férule de son Raïs vieillissant et malade, interpellent les Autorités européennes et celles des Etats membres sur le type de relations et de voisinage qu'elles entendent mettre en place avec les différents pays riverains de la Mer Méditerranée.

Le moins que l'on puisse dire, c'est qu'en France nul ne s'attendait à un épilogue aussi rapide. Les liens patiemment construits par le pouvoir tunisien, de Bourguiba d'abord et de Ben Ali ensuite, avec l'ensemble des élites économiques et politiques françaises ont rendu la France aveugle sur la situation réelle dans ce pays. C'est particulièrement vrai à droite, mais on ne peut dire que la gauche démocratique et le mouvement syndical français aient pleinement apprécié la situation non plus.

Le développement d'un tourisme de masse de l'Europe vers la Tunisie n'a pas permis le développement de liens réels entre les peuples européens et tunisien, et les politiques européennes et de chacun des Etats membres au cours des dernières années en matière de visas temporaires pour les ressortissants des pays du Maghreb sont devenus des obstacles de fait au développement des liens directs et à la compréhension réciproque entre Européens et Maghrébins et Tunisiens.

Par ailleurs, la perspective anti-européenne qu'avaient esquissée pour la République française Nicolas Sarkozy et son conseiller Henri Guaino au début du quinquennat présidentiel, à travers le projet "d'Union pour la Méditerranée (UPM)", a démontré son inanité et est désormais renvoyée dans les poubelles de l'Histoire, et sous cette forme, c'est heureux !

Il n'en demeure pas moins que les différents Etats membres comme l'Union européenne comme entité politique, ne peuvent ni ne doivent se désintéresser de la zone, économiquement, politiquement, mais aussi tout simplement humainement, vitale pour nous tous.

Le Processus de Barcelone, lancé en 1995 sous présidence espagnole, a été une initiative importante au moment même où l'Union européenne s'ouvrait à de nouveau Etats (Autriche, Finlande, Suède) et, surtout, préparait l'adhésion des Etats d'Europe centrale et orientale. Mais l'effort collectif, des institutions de l'Union européenne comme des Etats membres, n'a pas été assez important ni constant.

Il s'agit aujourd'hui, dans la durée, que l'ensemble des Etats européens et l'Union européenne, au-delà des quelques mots d'encouragements consécutifs au départ de Ben Ali, proposent à tous les Etats riverains une coopération économique et politique, l'une et l'autre dimensions étant indissolublement liées, qui favorise les investissements et l'ouverture progressive des marchés des uns et des autres, mais aussi la liberté d'information, de réunion et d'association, le développement de la société civile, la démocratisation et la laïcisation de la société.

Un tel projet suppose la modulation de mesures prises au nom de la sécurité et de lutte contre le terrorisme dans la plupart des pays européens, en matière de visas temporaires notamment. Les Européens, chacun de nous, nous devons comprendre que nous ne pourrons durablement vivre en paix et en bonne intelligence avec nos voisins de la Mer Méditerranée en les ignorant, en nous rendant chez eux uniquement pour utiliser les infrastructures touristiques qui y sont largement par nous installée, et en leur interdisant de fait le territoire européen !

L'Action fédéraliste "Socialisme & Liberté" (AFSL) insiste particulièrement sur la nécessité de développer et de densifier une société civile laïque et démocratique sur l'ensemble du pourtour méditerranéen. Toutes les organisations politiques, syndicales et associatives des Etats membres de l'Union européenne doivent participer à cette tâche.

Pour sa part, l'Action fédéraliste "Socialisme & Liberté" (AFSL) est disponible pour discuter de toutes ces différentes questions avec des personnalités, groupes et associations démocratiques et laïques de tous les Etats riverains de la Méditerranée, et à construire les partenariats nécessaires.

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