Paris, le 28 novembre 2010

Les effets de la crise financière continuent de fragiliser les économies nationales européennes qui sont loin, les unes et les autres, d'être sorties des difficultés.

Les réflexes nationaux et chauvins ont - hélas !- joué à plein, et les dirigeants de chacun des pays de l'UE - particulièrement celles et ceux qui ont l'espoir fallacieux d'être à la tête des Etats les moins touchés par la crise - ont accentué leurs critiques sur la gestion des Etats membres les plus en difficulté. Pourtant, quelles que soient les critiques qui peuvent et doivent être faites sur la gestion passée de tel ou tel Etat membre, les peuples n'en sont le plus souvent guère responsables et l'heure n'est plus à la critique mais, à l'inverse, à la recherche de solutions collectives et vertueuses.

Dans cette période difficile, où les peuples ont le sentiment de payer pour l'incurie et le goût du lucre de leurs gouvernants comme de leurs élites économiques, l'Union européenne qui, par la voix de la Commission européenne devrait tracer la perspective progressiste d'une relance de l'activité en Europe, ne se fait entendre que via les Chefs d'Etat et de gouvernement et le Conseil européen pour préconiser la seule austérité pour tous en règlement des manquements de quelques-uns.

C'est à la fois moralement injuste et politiquement insoutenable pour les institutions de l'UE comme pour le gouvernement de quelques Etats membres qui, courageusement, affrontent sans en être responsables cette terrible situation.

Tout se passe comme si les dirigeants des différents pays de l'UE avaient, au plus profond d'eux-mêmes, intégré que la zone européenne est une zone économiquement et politiquement en déclin, face aux géants de l'heure (Etats-unis d'Amérique, Russie) comme face à ceux de demain (Chine, Inde, Brésil,...). Ils proposent des cures d'austérité en Europe et attendent que la reprise de l'activité économique débute dans une autre partie du monde et entraîne à nouveau la croissance dans les autres régions, y compris en Europe.

Lionel Jospin et Michel Aglietta, dans un article du quotidien Le Monde du 22 novembre 2010, expriment avec force qu'une autre politique européenne est possible, que le "déclinisme malthusien" que propose actuellement le Conseil européen est inacceptable moralement, erroné économiquement, et dangereux politiquement.

Les organisations syndicales nationales comme européennes doivent se saisir de ce débat, les partis socialistes et sociaux démocrates - dans chacun des pays européens - doivent préparer spécifiquement l'application pratique d'un tel projet à leur pays, et le prochain Conseil du Parti socialiste européen (PSE) des 2 et 3 décembre 2010 à Varsovie doit être l'amorce d'un tel débat en Europe.

La société civile européenne et les ONGs et associations multiples qui la composent doivent enfin jouer leur rôle d'entraînement, de dynamisation positive des énergies européennes, en s'appropriant les termes de ce débat, et formuler clairement des propositions européennes inte lligibles et enthousiasmantes.

La Commission européenne, parce qu'elle est selon l'esprit des pères fondateurs de l'Union la "gardienne des Traités", l'instance européenne par excellence, est directement interpellée, et la capacité de ses membres à formuler une réponse positive lui rendra sa position éminente ou elle sombrera dans les poubelles de l'histoire. Que fait-elle ? Que propose-t-elle positivement pour répondre à l'attente impatiente des peuples ?  

Le temps est venu enfin de rompre avec les équivoques : la croissance est difficile mais possible, cela suppose un autre partage des richesses produites en Europe plus favorable au salariat et l'engagement de toutes et tous !

C'est en tout cas la seule voie positive pour le progrès social, la concorde entre les peuples et l'approfondissement fédéral de l'Union européenne !

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