Socialisme&Liberté

Action Fédéraliste "Socialisme & Liberté"

03 juil. 2008

Apprendre par l'analyse plus que par l'émotion : la libération d'Ingrid Betancourt

Le "bruit" médiatique consécutif à la libération d'Ingrid Betancourt par l'armée colombienne illustre la difficulté dans laquelle nous sommes d'apprécier et d'analyser un événement, sa portée et ses conséquences.

Nous nous réjouissons, bien évidemment, de la libération d'Ingrid Bétancourt, saine et sauve, pour elle et tous ses proches. Nous regrettons pour elle que cette libération intervienne si tardivement, et nous nous interrogeons sincèrement sur les raisons réelles de la durée de sa détention par les FARC. Un petit livre récent, publié avant sa libération, permet d'y voir plus clair. Jean-Jacques Kourliandsky , à travers son ouvrage "Ingrid Betancourt. Par-delà les apparences" (Editions Toute Latitude, Paris 2008), se livre à une enquête pour dépasser l'émotion et comprendre tous les ressorts de cette affaire et l'insuccès des négociations entreprises par les Autorités françaises.

Aujourd'hui, Ingrid Betancourt est libre. Mais notre devoir d'analyse politique nous incite à demander aux Autorités françaises les raisons de leur refus de discuter avec le gouvernement colombien légitime sur cette affaire en privilégiant la négociation avec les FARC ou leurs émissaires, le Président vénézuélien Chavez en particulier ? Pourquoi les responsables des médias français, aujourd'hui encore, après la libération d'Ingrid Betancourt, n'interrogent-ils pas le traitement de l'information qu'ils ont fourni au cours de toutes ces années, voire acceptent leurs erreurs ?

Ici comme sur d'autres sujets, la difficulté consiste à identifier correctement qui est qui. Les Autorités françaises, en acceptant d'examiner les demandes des FARC, les ont légitimés. En amont, en incitant les Autorités françaises à discuter et à négocier avec les FARC, les médias français ont pris la responsabilité de retarder d'autant la libération d'Ingrid Betancourt : plus sa valeur devenait forte à l'extérieur, moins les FARC pouvait s'en séparer.
Seule alors, l'option choisie par les Autorités colombiennes devenait efficace. Et elle le fut.

Nous devons aujourd'hui tirer enseignement de cet événement. Les Autorités françaises comme les responsables politiques locaux, les dirigeants de médias comme les journalistes, doivent s'interdire de réagir sous l'emprise de l'émotion. Telle n'est pas leur tâche, et si elle contribue momentanément à leur popularité, elle les conduit pour l'histoire au néant.
L''enlèvement de civils à des fins politiques est une atteinte grave aux droits de l'homme et doit, en conséquence, être fortement condamné. Il convient de ne jamais offrir aux responsables de tels forfaits une légitimité politique et un espace médiatique. Sur ce point précis, responsables politiques et médiatiques français ont failli.

Hier, au nom de la paix, des responsables politiques et des médias, notamment français, ont pavé le chemin qui a conduit à la Seconde guerre mondiale, au génocide d'un peuple et à l'asservissement de quelques autres sous la dictature nazie puis communiste.

Veillons, par faiblesse, à ne pas retomber dans les mêmes ornières, exigeons de nos responsables qu'ils nous gardent des errements néfastes !


André Vinet
Centre d'études et de recherches fédéralistes
20, rue des Tournelles
75004 Paris (France)
centre_etudes_recherches_fed@yahoo.fr


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